Overhead Full Interview 2012 …

Ne pas vendre la peau de l’Ange avant d’avoir tué l’Ours

Je me souviens parfaitement ma première rencontre avec Nicolas Leroux. Il avait été pour moi la voix mythique du groupe Overhead. J’allais découvrir un musicien aguerri, un compositeur chevronné, doublé d’une plume audacieuse à la hauteur des cimes que seul son chant sait tutoyer. Bref, un artiste complet bien ancré dans son époque, capable aussi bien de régler une reverb sur son ordinateur qu’une disto sur un ampli guitare (le tout en écrivant une chanson à te donner la chair de poule !)

Apres quelques échanges d’emails, l’homme reste peu expansif. Il suspend ses phrases à une ponctuation souvent libre et suggestive, laissant toujours planer un doute, une ambigüité discrète, comme s’il attendait de voir la réaction de son interlocuteur. Après avoir écouté sa musique, on comprend mieux le personnage, et réciproquement. Elle suggère plus qu’elle s’affirme. Elle esquisse plus qu’elle délimite. Même survoltée, elle laisse toujours l’auditeur libre de son imaginaire.

Il finit par me fixer un rendez vous chez lui le soir même, pour une séance d’écoute suivie d’une courte interview. Je saute dans le train à la gare St Lazare et en profite pour réviser mes classiques :
10 ans d’existence pour le projet Overhead. « Silent Witness », le 1er album du groupe, parait en 2002. C’est un bijou alliant la finesse du Jazz à la force du Rock, servi dans un écrin sensuel et élégant. Il libère la voix envoutante du leader qui laisse paraître un registre de chant semblant sans limite. Deux ans plus tard, sort « No Time Between » qui révèle une indiscutable facilité à jouer aussi sur la gamme d’une pop rock puissante et qualitative. Après une pause médiatique, dont je compte bien élucider la cause, c’est en 2008, sous le nom de « The Fugitive Kind » (amis cinéphiles amateurs de Marlon Brando, partagez donc votre savoir à ceux qui ignoreraient l’origine de ce pseudonyme) que Nicolas Leroux réapparait. L’opus « Stone Age » livre des morceaux proches de ceux signés sous le signe d’Overhead et confirme une impressionnante palette vocale que l’interprète semble désormais maitriser.

Le titre « Letter to a Friend » à peine terminé et me voilà déjà dans la voiture de mon hôte, en route vers sa retraite bucolique. Le charisme du bonhomme n’est décidément plus à démontrer. A mi-chemin entre Emir Kusturica, Nick Drake et Elvis, il émane de son regard vert émeraude une humanité profonde, une sensibilité extrême, soutenue par de solides convictions. Au volant, il feint une certaine décontraction mais ne peut s’empêcher de laisser transparaitre des signes de nervosité, mélange d’excitation à faire partager le fruit d’un long travail et de crainte de faire pénétrer un étranger dans sa tanière.

La visite de la charmante maison familiale est rapidement expédiée et enfin, nous accédons au cœur de l’antre du créateur. En se faufilant à travers un vieil atelier poussiéreux, nous débouchons, comme sorti d’un passage dérobé, sur une belle pièce carrée dont les murs blanchis à la chaux sont couverts de vinyles. Un rapide coup d’œil me laisse l’impression d’une sélection vaste et experte : un Revolver des Beatles, le Faith des Cure, Apollo de Brian Eno mais aussi Prince, Bauhaus, ou Cocteau Twins… Au centre du studio, une vieille batterie, encore câblée des prises de son de la veille, trône fièrement entourée d’autres instruments et matériel audio en tous genres. Une fois passé la porte capitonnée, Nicolas Leroux se détend tout à coup. Ses sens restent en éveil mais on peut sentir qu’il est à nouveau dans son élément naturel. Il me propose un siège en face de deux enceintes imposantes et appuie sur « Play »…

Nicolas Leroux : Alors, qu’est ce que tu penses du disque ?

Moi : Ouf ! 11 titres. Tous très forts, intenses et différents, et en même temps si proches. C’est assez énorme. J’adore mais je suis pas sûr de pouvoir m’exprimer sur le sujet si vite. Ca mériterait une seconde écoute… Et puis, si ca ne te fait rien, c’est moi qui vais poser les questions ! (rires)
Alors, 10 ans depuis le premier album d’Overhead. Qu’est ce que tu as fait tout ce temps ?

N. L. : (rires) En 2005, après la sortie de « No Time Between », mon ami Alexandre Varlet m’a demandé de réaliser son nouvel album. Alors en pleine réflexion sur ma situation et celle d’autres artistes sans contrat, je me suis décidé à construire un studio d’enregistrement chez moi (ndr : Mulholland Drive studio), en pleine campagne et par mes propres moyens.

Moi : Justement, comment passe-t-on du statut d’artiste qui fait parler de lui à concepteur et ingénieur de son propre studio ?

N. L. : Avec beaucoup de temps et pas mal de boulot… J’ai commencé sa construction il y a presque 7 ans et je commence à peine à être satisfait. Mais le principal atout de cette démarche est de mener un projet sans pression extérieure, artistique ou financière…  Donc de prendre le temps qu’il faut… Mais si je ne cours pas après la célébrité, j’ai quand même l’intention qu’on parle au moins de ce disque !!!

Moi : Combien de temps te faut-il pour finir un album en général ?

N. L. : C’est assez variable et dépend de ce que je dois faire en parallèle. Ca a commencé d’abord par deux albums d’Alexandre Varlet « Ciel de Fête » en 2006 et  « Soleil Noir » en 2007… En 2008, ce fut mon tour de finaliser un premier projet solo : The Fugitive Kind « Stone Age »… Puis en 2010, le troisième album éponyme de Landscape fut également achevé… D’autres projets y ont également vu le jour, comme le premier album de Colormatic à paraître…

Moi : Et pour Overhead, comment t’y prends-tu ?

N. L. : Entre 2010 et 2012, j’ai écrit, composé, interprété, enregistré et mixé toutes les chansons de « Death by Monkeys », le 3ème album d’ Overhead… Conscient des défauts, qualités et contraintes liés à ce processus, je me suis forcé à inventer un langage musical dans les limites de mes capacités, humblement, comme un peintre devant les outils à sa disposition.

Moi : Comment fais-tu pour assumer tous ces rôles en même temps ? Ca frise la mégalomanie ou le flip de déléguer, non ?

N. L. : Le processus de création est simple : il faut tout faire soi-même comme s’il s’agissait d’une peinture, de la toile vierge au cadre final. Et pour tout ce qui est vraiment pointu, je n’hésite pas à faire appel à des spécialistes, comme Chab pour le mastering par exemple, qui est juste le meilleur en France pour moi…

Moi : Pour la scène, tu vas faire appel à tes anciens camarades du groupe ?

N. L. : Ce n’est pas impossible mais pour l’instant pas prévu. En fait, j’ai fait le choix d’une formule scénique en trio, allant vers l’essentiel, en invitant Antoine Pasqualini (Arch Woodman, Botibol, Luxe) et Benoit Guivarch (Carp, Luxe) à rejoindre le groupe.
Cette formule reprend parfaitement l’esprit simple, sensible et brut du disque.

Moi : Jouez-vous uniquement les titres de « Death by Monkeys » ou peut-on espérer entendre de nouvelles versions de chansons plus anciennes ?

N. L. : En fait, il y a principalement les chansons du nouvel album mais on s’est amusé à adapter quelques titres phares du répertoire, surtout du 2e… Et il y a bien sûr quelques surprises…

Moi : Parlons un peu des textes, si tu veux bien. Comment se passe l’écriture et quels sont les thèmes abordés sur ce dernier opus ?

N. L. : Avant d’écrire, je sais de quoi va parler la chanson. Pour l’instant, je fais toujours la musique d’abord… Elle me donne la direction à prendre sur le texte. A l’inverse, il y a un texte du EP « Waiting For the Flood » dont j’ai écrit le texte avant la musique… Les thèmes abordés dans cet album sont les reflets de mes propres peurs et craintes concernant notre société. Il est également question de réflexions sous forme de dialogues vécus ou imaginaires avec mes enfants, à propos de la religion mais aussi de l’humanité ou du Cosmos… Toutes ces idées sont d’ailleurs parfaitement illustrées par le travail du génial Yann Orhan qui a réalisé les photos et l’artwork de ces disques.

Moi : Et pourquoi ce titre « Death by Monkeys » ?

N. L. : Parce qu’il n’y a pas que la musique dans la vie. Que j’ai des enfants et que j’adore les films de Pixar. Ecoute bien le son d’intro, ca devrait te mettre sur la voie…

Débarque alors dans la pièce un adorable petit bout’chou du nom d’Adelaide qui réclame son papa. Il est l’heure pour moi de me retirer et de laisser mon hôte et sa progéniture tranquilles…

Interview fictive sur des réponses bien réelles de Nicolas Leroux

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